Record

Louis de Funès, magazine Record

Record (mensuel) N° 86 de février 1969

Louis de Funès, magazine Record

Article dans le magazine Record

A noter : Le même Albert Boitel signe un autre article en 1968 (ici)

Louis de Funès est l’invité du mois, 3 pages lui sont consacrées. (retranscription intégrale)

DE FUNÈS : un monsieur sérieux qui travaille sérieusement son comique.
Un fourreur manqué !
Il porte son vrai nom. Il est d’une noble origine espagnole, mais né à Levallois, il toujours été parisien. « J’aime Paris, j’aime la ville. J’aime la regarder vivre. En dehors de tous les cours et de toutes les écoles, pour un comédien comique, le seule véritable conservatoire c’est la rue et je voudrais pouvoir observer continuellement. » C’est Daniel Gélin qui lui a offert sa chance au cinéma. Sacha Guitry qui l’aimait bien et s’y connait en comédiens nous l’a révélé comme acteur comique… puis ce furent les films de Robert dhéry, de Jean Giraud, de Gérard Oury. Ses parents étaient dans le commerce de la pierre précieuse et tout n’a pas commencé à l’ »Ecole de la gendarmerie », mais bien à celle de la fourrure. Il aurait pu devenir l’un des quelques grands fourreurs de Paris. Mais il est attiré par le terrible et passionnant métier qu’est le spectacle ; le voici à l’école de photographie rue de Rennes, tout comme Pierre Tchernia et cela l’amène à connaître parfaitement le côté technique du cinéma, ce qui n’est pas sans influer aujourd’hui sur la réussite de sa carrière de comédien.

Le temps des vaches maigres
« J’ai beaucoup travaillé, beaucoup travaillé ! Beaucoup travaillé comme, il faut le dire, peu de comédiens travaillent. Il y en a 5% qui travaillent comme ça (comme dans tous les métiers du monde) mais j’estime avoir eu beaucoup de chance aussi. Ne fut-ce que celle d’être en parfaite santé, celle de ne pas avoir d’accidents. C’est la chance principale pour un comédien : si on attrape une balafre, la moindre chose, le métier est arrêté. Le public aime bien voir de fausses balafres, de faux malades mais pas les vrais… D’ailleurs la vraie maladie a une autre couleur, une autre teinte, c’est redoutable, le public n’aime pas ça… » Non, il n’y a pas de cassure entre Louis de Funès grande vedette, châtelain vivant dans un splendide et rigoureux décor Louis XVI d’époque et cet acteur prisonnier de son métier et qui se raconte : « quand je faisais du théâtre, la vie de père (j’ai trois enfants et je suis même grand-père) et celle de comédien étaient très difficiles à mener de front : je ne voyais jamais ma famille. Aujourd’hui, je suis content. C’était mon rêve. Dans le temps je me disais : Si je pouvais arriver un jour comme un tel ou un tel, à ne faire que du cinéma et à pouvoir être libre le soir à 7h30 ! Parce que j’ai passé de nombreuses années pendant lesquelles je finissais au studio à 7 h 30 pour reprendre au théâtre à 9h… » £En ces temps de vaches maigres, Louis de Funès fut aussi pianiste de jazz dans les cabarets. Ses amis savent qu’ile st aussi un très bon musicien classique.

Le faux gendarme fait arrêter un vrai gangster
Parlez-nous de vos personnages.
« J’essaie de faire mon métier au mieux dans la bonne vieille tradition du théâtre comique français. Pour moi, le comique naît d’une situation exceptionnelle qui pourrait être aussi bien dramatique. Mais mes personnages sont des reflets burlesques et sympathiques de la vie, tout comme le gendarme de Guignol a son côté cordial, amical et humain. Dans mes personnages de patron coléreux, de gendarme chatouilleux et obséquieux avec ses supérieurs, j’aime porter témoignage du côté abusif de certains petits chefs. » Oui, si Louis de Funès exprime souvent la bêtise de ses personnages despotiques – et malgré tout sympathiques- c’est bien d’abord parce qu’il aime l’homme. Le gendarme de Saint-Tropez, Le Corniaud, La Grande Vadrouille, Les Grandes Vacances, Le Petit Baigneur, Oscar et le Tatoué autant de bons souvenirs de joie et de rire pour chacun de nous et aussi beaucoup de recherches et de soin pour leur interpète principal : un monsieur sérieux qui travaille sérieusement son comique et chacun de ses gags, qui reprend sans cesse un geste, une attitude, qui corrige ses films au montage. Le tournage des films réserve aussi parfois des surprises assez cocasses. Ainsi, lorsque fut réalisé sur la côte méditerranéenne le « Gendarme se marie » qui nous a bien fait rire depuis, les gendarmes -les vrais- durent ralentir certains jours la circulation sur l’autoroute du soleil pour permettre le tournage de plusieurs scènes importantes. Pour ralentir le flot des automobilistes, des contrôles d’identités furent effectuées aux entrées de l’autoroute et, à la suprise générale, ils permirent d’arrêter un véritable gangster recherché par plusieurs polices. Il fut porté à l’actif de l’adjudant Cruchot par ses (vrais) collègues reconnaissants.

Le « prochain de Funès »
Et si vous n’étiez pas acteur… qu’aimeriez-vous être ?…
« J’aimerais être horticulteur… J’aime beaucoup les herbes, les plantes, les fleurs. A Clermont, je me passionne pour mes roisiers. Figurez vous que j’ai eu la chance de découvrir en Anjou l’homme qui ne se contente pas de créer des fleurs et des variétés de roses mais qui a su retrouver les authentiques roses de base du XVè et XVIè siècles. »
A propos de Clermont, on dit que vous y vivez en chatelain…
« On a beaucoup parlé du château de Clermont, au Cellier, en Loire-Atlantique. En fait, ce château est un bien de famille qui a longtemps appartenu aux Maupassant, et ma femme est de la famille du poète. »
Voilà Louis de Funès, tel que nous l’avons rencontré sur un plateau de cinéma, toujours actif et préoccupé par le prochain plan à tourner.
Le public ne s’y est pas trompé M. de Funès est bien un grand du cinéma. Et le nouveau film qu’il nous prépare, « Hibernatus », la rocambolesque aventure d’un homme qui revit chez ses descendants alors qu’il avait été congelé pendant la longueur d’une vie dans les glaces du grand Nord, sera un succès.

Par Albert BOITEL

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1 réponse au sujet de “Record”

  1. [...] A noter : Le même Robert Boitel signe un autre article en 1969 (ici) [...]

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