Louis de Funès Télé 7 jours 1971

Semaine du 16 au 22 janvier 1971


Louis de Funès Télé 7 jours 1971

Double page

Dimanche 17 janvier 1971, la 1ère chaîne diffusait « Faites sauter la banque », c’est l’occasion d’une double page par Paulette Durieux.

Louis de Funès :
- Je voudrais m’évader de mon personnage

Aujourd’hui, on rit dès qu’il apparaît sur une scène ou sur un écran. Louis de funès est, en effet, l’unes des plus sûres valeurs du comique français. Il vient de tourner, avec son fils, Olivier, et Géraldine, la fille de Charlie Chaplin, « Sur un arbre perché », et l’on parie déjà sur le succès de ce nouveau film.
Tout semble si facile pour ce petit homme trépignant, grimaçant, qui bouscule les mots si drôlement que ses colères feintes en font l’égal de donald le canard. En réalité, cette force et cette aisance sont le fruit d’un constant travail et d’une longue maturation.
« Mon accession, dit-il, l’oeil bleu et le masque attentif, a été tout à fait inattendu pour moi. Quand j’étais chez René Simon, il nous avait prévenus : « Une idole est fragile : elle peut dégringoler. Si vous êtes un bon deuxième ou troisième rôle, vous aurez toujours du travail et, de surcroit, une vie agréable et aisée ». C’était précisément le but que je m’étais assigné. »
Par la petite porte
Cette sagesse a d’abord été payée cher : « J’ai commencé en passant par la petite porte. Des portes, j’en ai même beaucoup ouvert sur scène, faute de mieux. Pour vivre, pendant neuf ans, j’ai dû également tenir le piano dans des bars et des petites boîtes. J’en ai gardé un tel dégoût pour cet instrument que, depuis, je n’ai jamais remis les doigts sur un clavier. Je me contente d’écouter les autres… »
Louis de Funès s’est marié en 1943 avec Jeanne de Maupassant, et il fallait vivre. C’était difficile. Maintenant, il ne sait plus très bien le nombre de film qu’il a tournés mais, en 1946, Jacques Becker, qui lui avait donné un petit rôle dans « Antoine et Antoinette » devait encore s’arranger pour le faire revenir un peu plus souvent sur le plateau afin d’arrondir son cachet.
« Je n’ai rien oublié »
« Je ne regrette pas la lenteur avec laquelle ma carrière s’est développée, explique-t-il. Elle m’a permis de connaître à fond mon métier. Quand j’étais encore inconnu, j’essayais de colorer, par des détails, des mimiques, des gestes, les petits rôles qu’on me confiait. J’ai acquis ainsi un certain bagage comique sans lequel je ne pourrais pas faire la carrière que je mène en ce moment. C’est pourquoi, si c’était à refaire, je recommencerais. »
La sagesse et la ténacité ont donc payé et c’est tant mieux. Cependant, Louis de Funès reste un traqueur et un perfectionniste. « Fernand Ledoux m’a souvent dit : « Le moindre accident facial qui change votre visage, la plus petite claudication et c’est terminé. » Je ne l’ai pas oublié. » Sans doute est-ce pour cela qu’il a déjà assuré ses arrières et pas seulement en plaçant son argent et en cultivant son jardin : « Depuis longtemps, je suis attiré par la mise en scène de cinéma et de théâtre. Chaque fois que je fais un film, je travaille avec le metteur en scène et j’apprends. »
Apprendre et aller de l’avant ne sont pas de simples expressions pour cet homme de cinquante-cinq ans qui a su allier l’humour froid, qu’il tient de son père, à l’exubérance, à l’art d’en faire trop que lui ont transmis sa mère, une bouillante espagnole. « La pire des choses qui puisse vous arriver m’avait-on dit, c’est de devenir une vedette : plus de vie de famille, plus d’existence personnelle. Mais j’ai eu la chance d’être le partenaire de Bourvil, de Gabin, de Fernandel : ils m’ont appris qu’on pouvait cloisonner son existence, vie privée d’un côté, carrière de l’autre… » Ce point acquis, Louis de Funès ne veut pas pour autant être prisonnier de la satisfaction : « J’ai fait le point. Je travaillais avec des grimaces, maintenant je m’efforce de continuer avec des sentiments. Cependant, je me suis aperçu que j’étais à un tournant. ma carrière risque de s’enliser dans un ronron de facilité. J’ai encore quelques contrats à remplir : je me suis laissé prendre quand j’ai commencé à connaître le succès. Je dois m’évader d’un personnage trop semblable à lui-même de film en film. Je sais bien que je ne pourrai jamais jouer que des films comiques. D’ailleurs, j’aime amuser le public en m’amusant moi-même, mais j’aimerais que mes futurs films aient une autre écriture, quelque chose d’assez proche de « Macadam Cow-boy » ou Butch Cassidy et le Kid ».
Avec Yves Montand
« Nous manquons d’auteurs comiques pour le cinéma. Le peu qu’il y a est pris d’assaut. Après le film de Gérard Oury, que je vais tourner avec Yves Montand, qui reprend le rôle de Bourvil, nous allons nous réunir, quelques amis et moi, pour travailler. Je rêve de faire une sorte de « Lauréat » comique.
Tout au long de sa carrière, Louis de Funès n’a cessé de remplir un gros cahier de gags. Beaucoup lui ont servi. Il en reste beaucoup d’autres. Il saura nous les montrer. En attendant, ce soir, nous allons le voir dans « Faites sauter la banque », un titre qui ne pouvait pas faire peur à cet « homme-orchestre ».
« Ma femme teste mes gags »
Louis de Funès de Gallarza, descendant d’une vieille et noble famille andalouse et que ses amis ont longtemps nommé « Fufu », a tâté de la peinture, de la décoration, de la photographie et même de la fourrure, avant de se consacrer au théâtre, qui reste, pour lui, la grande école. Ce qui le gêne au cinéma, c’est l’absence de public qui permet à l’acteur comique de contrôler ses effets. « Les grands du muet travaillaient au milieu des gens. Aujourd’hui, le parlant oblige au silence. C’est contraire à l’art comique. » C’est pourquoi de Funès, toujours inquiet, fait confiance à sa femme : c’est sur elle qu’il teste tous ses gags. Ils se connaissent assez pour deviner la moindre réticence. Sa vraie carrière a commencé dans les années cinquante. Au théâtre, où il avait joué beaucoup de pièces, notamment « Au petit bonheur », de Marc-Gilbert Sauvajon, et « Ornifle » d’Anouilh, il prit son vrai départ avec Robert Dhéry en 1951, avec « Ah ! Les Belles Bacchantes ! », « La Grosse Valse ». Après quoi, il repris, dans « Oscar », le rôle de Pierre Mondy, et remporta un succès qui se renouvela pendant sept cents représentations. Le cinéma et la revue ne devaient pas l’oublier plus longtemps, mais le cinéma l’emporta et en fit l’une de ses plus grandes vedettes.

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